1. Comprendre l’épreuve avant de rédiger
Avant de commencer à écrire, il est essentiel de bien cerner ce que le jury évalue réellement. Le PAP n’est pas un exercice de style ni un simple compte-rendu de connaissances : c’est une démonstration de posture professionnelle, où le candidat doit prouver qu’il sait observer son marché, analyser son établissement, proposer des solutions réalistes et créer une offre argumentée.
Les repères clés à retenir
- Format : 10 pages maximum, remis sous format papier (Word, PPT ou autre).
- Calendrier : dossier finalisé 15 jours avant la soutenance, relu par le formateur, puis transmis à l’organisme évaluateur 7 jours calendaires avant le début des épreuves — anticiper ces délais dès le départ, ils sont souvent le premier facteur de stress évitable.
- Épreuve orale : 30 minutes maximum, réparties en 20 minutes de soutenance + réalisation de la boisson, puis 10 minutes d’entretien avec le jury.
- Ce que le jury fournit : les alcools, spiritueux et garnitures de base. Si le candidat souhaite utiliser d’autres éléments, il doit les apporter lui-même le jour J — un point logistique à anticiper largement en amont.
Principe directeur à garder en tête à chaque partie du dossier : chaque affirmation doit être argumentée et sourcée, chaque proposition doit être reliée à une analyse préalable (clientèle, tendances, concurrence) — le jury valorise la cohérence du raisonnement bien plus que la quantité d’idées.
2. Partie 1 — Analyse des tendances de consommation
Ce qui est attendu
Deux questions structurent cette partie :
- Les grandes tendances et évolutions de consommation en bars et restaurants.
- Les caractéristiques de la concurrence la plus proche de l’établissement.
Point de vigilance du jury explicitement signalé dans le référentiel : les sources d’information doivent être nommées. Une affirmation non sourcée (« les clients aiment de plus en plus le sans-alcool ») est jugée bien plus faible qu’une affirmation appuyée sur une étude identifiée.
Méthodologie recommandée
Étape 1 : collecter des données réellement identifiables et citables. Voici des sources professionnelles reconnues dans le secteur CHR (Café-Hôtel-Restaurant) à privilégier :
| Type de source | Exemples concrets |
|---|---|
| Études sectorielles spécialisées | Baromètre Restauration GIRA & RYDGE Conseil, Étude Restauration annuelle de GIRA Conseil |
| Panels de consommation CHR | CGA by NielsenIQ (baromètre Pulse), qui mesure fréquentation et consommation de boissons en CHR |
| Organismes publics | INSEE (nombre d’établissements, emploi du secteur, consommation alimentaire hors domicile) |
| Presse professionnelle | L’Hôtellerie-Restauration, magazines spécialisés bar/mixologie |
| Syndicats professionnels | UMIH (Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie) |
| Études internationales sur les spiritueux | IWSR (tendances mondiales, notamment sur le marché « no/low alcohol ») |
| Observation de terrain | Visites de la concurrence directe, réseaux sociaux des établissements concurrents, avis clients en ligne (Google, TripAdvisor) |
Étape 2 : structurer l’analyse des tendances autour de grandes thématiques identifiées dans le secteur, plutôt qu’une liste en vrac. Exemples de fils conducteurs actuellement pertinents à illustrer avec des sources chiffrées :
- La montée du sans-alcool et du « no/low » (bières sans alcool, spiritueux alternatifs, softs premium).
- La recherche de traçabilité et de produits locaux/circuits courts.
- La demande d’expérience plutôt que de simple consommation (animations, dégustations, accords mets-boissons).
- La digitalisation du parcours client (réservation en ligne, avis, réseaux sociaux).
- L’exigence de cartes lisibles et cohérentes plutôt que pléthoriques.
Étape 3 : analyser la concurrence directe de façon structurée, pas seulement descriptive :
- Identifier 3 à 5 établissements concurrents directs (même zone de chalandise, même typologie de clientèle).
- Pour chacun, documenter : offre de boissons (carte, prix, spécialités), ambiance, positionnement, points forts/points faibles observés.
- Conseil pratique : un tableau comparatif synthétique (nom, positionnement, prix moyen, spécificité) est souvent plus lisible pour le jury qu’un texte descriptif long, et illustre une vraie capacité d’analyse structurée.
3. Partie 2 — État des lieux de l’établissement et propositions d’amélioration
Ce qui est attendu
- Une analyse des segments de clientèle et de leurs attentes.
- Des pistes d’amélioration concrètes sur la carte, les animations, les événements ou l’ambiance — plusieurs propositions attendues, réalistes, sans contrainte budgétaire à ce stade.
Méthodologie recommandée
Segmenter la clientèle de façon opérationnelle. Plutôt que des catégories vagues (« les jeunes », « les habitués »), construire des segments actionnables à partir de critères observables :
- Critères démographiques : âge, catégorie socio-professionnelle, groupe (couples, groupes d’amis, professionnels).
- Critères comportementaux : moment de fréquentation (déjeuner, afterwork, soirée), fréquence, panier moyen, motif de visite (rendez-vous d’affaires, sortie festive, pause rapide).
- Attentes associées à chaque segment : un segment « afterwork » recherchera rapidité et convivialité ; un segment « soirée à thème » recherchera une expérience différenciante.
Conseil de présentation : construire une fiche par segment (2-3 segments maximum, à approfondir plutôt qu’à multiplier) facilite la lecture du jury et démontre une vraie capacité d’analyse plutôt qu’un inventaire superficiel.
Formuler des pistes d’amélioration argumentées. Chaque proposition doit explicitement découler de l’analyse des segments qui précède — c’est le point que le référentiel souligne : « le candidat argumente ses propositions au regard de l’analyse faite sur les segments de la clientèle ». Éviter absolument les propositions plaquées sans lien démontré avec l’analyse.
Exemples de pistes possibles à décliner selon le contexte réel de l’établissement : évolution de la carte de boissons (élargissement de l’offre sans-alcool, mise en avant de produits locaux), mise en place d’animations régulières (soirée dégustation, cours de mixologie), amélioration de l’ambiance (musique, éclairage, décoration saisonnière), développement de la présence digitale.
4. Partie 3 — Événement, animation et nouvelle carte
Ce qui est attendu
- La présentation d’un projet d’animation/événement, argumenté au regard de la clientèle et de l’image de l’établissement.
- La planification détaillée des actions à mettre en œuvre.
- La création d’une nouvelle carte intégrant les 2 nouvelles boissons créées par le candidat, avec des produits d’accompagnement associés.
Méthodologie recommandée
Construire le projet d’événement comme un mini cahier des charges professionnel, avec les 5 dimensions explicitement attendues par le référentiel :
| Dimension | Ce qu’il faut détailler |
|---|---|
| Intervenants | Qui organise, anime, sert (personnel de l’établissement, prestataires extérieurs éventuels) |
| Équipements, décoration, matières premières | Liste concrète et estimée (même de façon approximative) |
| Programmation | Déroulé chronologique de l’événement, date, durée, fréquence si récurrent |
| Communication | Actions concrètes : réseaux sociaux, affichage, partenariats locaux, newsletter |
| Coût détaillé | Budget estimé poste par poste — même si la faisabilité réelle n’est pas exigée, le chiffrage doit être crédible |
Si le projet n’est pas réalisable concrètement en entreprise, le référentiel autorise explicitement une présentation par supports simples (plans, photos, schémas) — ne pas se bloquer sur l’absence de mise en œuvre réelle, l’important est la qualité de la démonstration méthodologique.
Construire la nouvelle carte. Elle doit intégrer les 2 boissons créées par le candidat (voir Partie 4) et des propositions d’accompagnement cohérentes (tapas, planches, petite restauration) — c’est l’occasion de mobiliser directement les connaissances d’accords mets-boissons développées dans les modules dédiés (voir module Les Produits de Fêtes et modules produits pour la logique d’argumentation des accords).
5. Partie 4 — Création des nouvelles boissons
Ce qui est attendu
Le jour de l’épreuve, le candidat réalise une des deux boissons créées, choisie par le jury. Le référentiel identifie 4 points de vigilance explicites :
- Associer des produits de manière équilibrée.
- Soigner la présentation.
- Argumenter des accords avec les produits d’accompagnement suggérés sur la carte.
- Fixer un prix de vente pour les 2 boissons, en tenant compte du coût de revient et du positionnement commercial de l’établissement, avec un argumentaire sur la marge.
Méthodologie recommandée pour la création
Une boisson doit répondre à un besoin identifié, pas être créée « à l’aveugle ». Relier explicitement la création aux tendances (Partie 1) et aux segments de clientèle (Partie 2) — par exemple, une boisson faible en alcool si l’analyse a révélé une demande croissante de « no/low », ou une boisson mettant en avant un produit local si ce positionnement a été identifié comme différenciant face à la concurrence.
Structurer la fiche technique de chaque boisson avec :
- Nom et positionnement (signature de l’établissement, boisson saisonnière, etc.).
- Liste des ingrédients et quantités précises.
- Technique de réalisation (shaké, construit, stirred…).
- Verrerie et garniture.
- Argumentaire du choix des associations (registre aromatique, équilibre sucre/acidité/amertume — s’appuyer sur les principes du module Analyse Sensorielle).
Construire l’argumentaire de prix et de marge
- Calculer le coût de revient précis : somme du coût de chaque ingrédient utilisé (au volume réellement consommé, pas au prix de la bouteille entière).
- Appliquer un coefficient multiplicateur cohérent avec le positionnement de l’établissement (un bar premium justifie un coefficient plus élevé qu’un bar de quartier, à condition que cela soit cohérent avec l’analyse de clientèle de la Partie 2).
- Présenter le calcul de marge de façon transparente : coût matière, prix de vente HT, marge brute en valeur et en pourcentage — le jury attend une vraie maîtrise du raisonnement commercial, pas seulement un prix « au feeling ».
6. Règles de forme à respecter impérativement
- 10 pages maximum : privilégier la clarté et la synthèse à l’exhaustivité — un jury valorise un dossier dense et bien structuré plutôt qu’un dossier qui délaie son propos.
- La nouvelle carte peut être présentée sur un support indépendant du dossier (ne compte donc pas nécessairement dans les 10 pages).
- Utiliser des tableaux, visuels et mises en forme claires plutôt que de longs blocs de texte — cela facilite la lecture rapide par le jury et démontre une capacité de synthèse professionnelle.
- Faire relire le dossier par le formateur avant la remise définitive : c’est une étape obligatoire du processus, à ne pas traiter comme une simple formalité — c’est l’occasion de corriger les incohérences avant qu’elles ne soient soulevées par le jury.
7. Préparer la soutenance orale
Gérer le temps efficacement
- 20 minutes pour la soutenance et la réalisation de la boisson choisie par le jury : répéter le timing en amont est essentiel, notamment pour ne pas être pris de court par le temps de préparation de la boisson elle-même.
- Prévoir une présentation orale structurée, suivant idéalement le même fil que le dossier écrit (tendances → état des lieux → projet d’événement/carte → création), pour ne pas perdre le jury.
Anticiper l’entretien avec le jury (10 minutes)
- Le jury interrogera vraisemblablement sur les choix effectués : pourquoi ce segment de clientèle prioritaire, pourquoi cette source citée, pourquoi ce prix de vente. Être capable de justifier chaque décision, pas seulement de la présenter.
- Se préparer à des questions sur la faisabilité réelle des propositions (Partie 3) et sur la cohérence globale entre l’analyse et les propositions faites.
- Un support complémentaire (smartphone, photos) est explicitement autorisé par le référentiel pour enrichir l’argumentation à l’oral — à préparer en amont plutôt qu’à improviser.
8. Checklist finale avant remise du dossier
- [ ] Chaque source utilisée en Partie 1 est nommée explicitement.
- [ ] Les propositions de la Partie 2 sont reliées explicitement à l’analyse des segments de clientèle.
- [ ] Le projet d’événement (Partie 3) couvre bien les 5 dimensions attendues (intervenants, équipements, programmation, communication, coût).
- [ ] La nouvelle carte intègre bien les 2 boissons créées et des produits d’accompagnement cohérents.
- [ ] Chaque boisson dispose d’une fiche technique complète et d’un calcul de marge détaillé.
- [ ] Le dossier ne dépasse pas 10 pages (hors carte sur support indépendant).
- [ ] Le dossier a été relu par le formateur avant transmission.
- [ ] Le matériel et les ingrédients non fournis par l’organisme évaluateur sont anticipés et prêts pour le jour J.
9. Liens vers des ressources utiles
- GIRA Conseil — Études et baromètres du secteur restauration : https://www.giraconseil.fr
- L’Hôtellerie-Restauration — actualités et études du secteur CHR : https://www.lhotellerie-restauration.fr






